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"Le sage ne brille pas... Il éclaire" Confucius

A une époque où bien des choses ne tournent pas rond (1)… au point que nombre de personnes le ressentant se réunissent inconsciemment sur des rond-points pour le manifester, il semble légitime de s’interroger sur les causes profondes de cette « jaunisse » ou crise de « foi ». Une crise qui se caractérise par une remise en cause de l’autorité et notamment des élites qui focalisent beaucoup de rejet…

 

Mais pourquoi les élites ? En quoi des hommes et des femmes « très intelligent(e)s » seraient-ils responsables des difficultés du monde actuel ? Pourrait-on y voir plus clair en nous appuyant sur la sagesse de la tradition chinoise ?

L’intelligence ? Oui, mais laquelle ?

Il est intéressant de constater qu’il règne souvent une grande confusion lorsque nous parlons d’intelligence. En effet, il semble que nous confondions en permanence l’intelligence purement intellectuelle (Quotient Intellectuel, QI) et l’intelligence de Cœur (intelligence ou quotient émotionnel(le), QE). 

 

Lorsque votre conjoint vous rassure en disant que la voisine, dont vous venez de mouiller le linge sans le vouloir lors de l’arrosage de votre jardin, est intelligente, il ne vous dit pas qu’elle a fait Polytechnique. Il parle évidemment de son intelligence de Cœur. Celle qui nous permet de relativiser toute chose et de réagir avant tout avec bon sens et humanité. 

 

En revanche, lorsqu’un ami vous explique que le propriétaire de la Porsche garée devant chez vous est un type brillant, très diplômé et donc très intelligent, il ne vous dit pas qu’il a en même temps une belle ouverture d’esprit et une grande intelligence de Cœur. Les deux intelligences développées à parts égales sont bien évidemment possibles chez la même personne, mais ne sont pas la règle. Gardons à l’esprit que ce sont deux choses qui ne vont pas systématiquement de pair.  

 

 

Le sage et l’érudit (2)

Considérons deux catégories d’êtres humains, le sage et l’érudit (ou l’intellectuel) et essayons de comprendre ce qui les différencie.

 

L’érudit, le scientifique ou l’intellectuel se caractérise par le fait qu’il s’appuie généralement avant tout et en toute chose sur son raisonnement intellectuel (son intelligence ou quotient intellectuel(le) QI). Dès lors, il peut être comparé à un puissant ordinateur qui travaille sur ses programmes propres. 

 

De son côté, le sage ou l’homme devenu conscient de sa place insignifiante au sein de l’Univers visible et invisible laisse son mental en retrait pour rester en contact avec son intuition, sa voix intérieure et donc son intelligence de Cœur. En cela, il est à l’image d’un ordinateur « connecté », autrement dit relié à la « Toile Universelle ».

 

Car selon la tradition chinoise, le Cœur est la résidence du « Shen », l’Esprit de l’homme, venu de « la perfection » du Ciel avec lequel - dans le silence des pensées - il reste relié. 

 C’est sans doute ce qui explique la différence entre un sage et un homme purement intellectuel : ce dernier travaille avec sa tête, alors que l’homme sage sonde son Cœur en permanence pour ressentir ce qui est juste et donc conforme aux Lois de l’Univers. 

 

Dès lors, il n’est pas étonnant que les réponses apportées par un sage aient une plus grande portée et soient plus inspirées que celles proposées par un savant, un expert, un scientifique ou un intellectuel. Ces derniers ont – pour la plupart d’entre eux – une vision horizontale, matérielle et limitée des problèmes parce que sous contrôle de leur intellect.

 

Or, celui-ci est incapable de concevoir des valeurs d’éternité dépassant les limites de l’espace et du temps puisqu’il est lié au corps physique et disparaitra avec lui ; autrement dit, il ne peut comprendre que ce qui se voit, se touche, se mesure et appartient donc à la partie émergée de l’iceberg (3). Or, s’appuyer sur la seule dimension visible des choses est évidemment réducteur et forcément très éloigné de la profonde complexité de l’Homme, de la Vie et de l’Univers. 

 

L’homme sage quant à lui, garde en permanence une vision vaste et large des problèmes, intégrant dans sa réflexion la dimension verticale et universelle de la Vie, incluant l’iceberg dans sa globalité avec tous ses aspects subtils et donc souvent cachés.

 

Humble et silencieux, il sait mettre son intelligence intellectuelle au service de son intelligence de Cœur. Le Cœur qui est selon la tradition chinoise « le seul véritable Empereur ». C’est sans doute la raison pour laquelle ses réponses sont empreintes de bon sens, de profondeur et de sagesse. 

 

Mais où sont aujourd’hui les sages dont notre humanité a tellement besoin ? Il y en a certes, mais les médias ne leur préfèrent-ils pas ce qui brille ? Or, comme dit Confucius : « Le sage ne brille pas ! Il éclaire...». 

 

 

Une personne brillante est-elle forcément éclairée ?

 

Prenons deux boules de Noël, l’une brillante et l’autre éclairée grâce à une petite lampe à l’intérieur. Celle qui brille renvoie la lumière venant de sources extérieures, ce qui ne l’empêche pas d’être souvent intérieurement vide. La seconde, quant à elle émet naturellement sa propre lumière venant de l’intérieur.

 

Si l’homme était une sphère, l’intelligence de Cœur serait logiquement au centre de cette sphère, alors que l’intelligence intellectuelle serait plutôt à la surface. Car à bien observer, lorsque nous disons d’une personne qu’elle est « brillante », nous parlons de sa superficie. En effet, celui ou celle qui brille a souvent une puissante intelligence intellectuelle (QI) lui permettant de mémoriser beaucoup de choses et de renvoyer ainsi la lumière émise par d’autres pour nous éblouir… 

 

Ce qui ne veut pas dire qu’il ou elle possède en même temps une profondeur ou une belle intelligence de Cœur (QE). Encore une fois, cela est possible, mais n’est pas la règle. Sinon, notre monde encadré, dirigé et gouverné par des êtres essentiellement brillants, ou n’ayant de brillant que leur compte en banque, irait beaucoup mieux.

 

Car comprenons bien que plus la couche extérieure de l’intelligence intellectuelle s’épaissit, moins la lumière intérieure de l’intelligence de Cœur peut éclairer la réflexion… si tant est que cette lumière intérieure existe encore.

 

Car, à force de développer unilatéralement l’intellect et donc d’épaissir la couche extérieure de l’intelligence intellectuelle, l’intelligence de Cœur emmurée étouffe et la lumière intérieure finit par s'éteindre… Le risque est alors grand de devenir des êtres morts intérieurement, froids et calculateurs, sans humanité, ni état-d’âme… 

 

Le sage quant à lui émet sa propre lumière que n’occulte pas la couche de son intellect, car ce dernier sait s’effacer pour se mettre au service du Cœur. Ce qui fait de lui un être « éclairé » ou encore « lumineux ». 

 

 

De quoi l’humanité a-t-elle le plus besoin ?

 Peut-être faisons-nous une erreur en partant du principe depuis des siècles que toute personne brillante est nécessairement une lumière ? Peut-être faisons-nous une erreur en sélectionnant des êtres essentiellement brillants pour diriger les institutions, les affaires du monde, décider de la destinée de millions d’êtres humains... et de la planète ?

 

Prenons conscience qu’à différents degrés, du fait d’un système éducatif qui pousse seulement notre intellect, nous sommes tous plus ou moins des « intellectuels » avec les mêmes travers que nous reprochons à ces derniers. Nous pouvons dire que nous souffrons tous à différents degrés du même déséquilibre ou handicap et qu’il nous faut donc veiller en permanence à redonner sa juste place à notre intelligence de Cœur pour revenir vers ce qui est conforme aux Lois de l’Univers. 

 

Aussi, semble-t-il urgent de cesser d’hyper développer les intellects de notre jeunesse depuis nos écoles primaires jusqu’aux universités et nos grandes écoles… Ne formons-nous pas ainsi des générations de « mutants » - munis d’une intelligence de Cœur atrophiée - appelés à reproduire les mêmes erreurs qui ont conduit notre monde dans l’impasse actuelle ?

 

Est-ce bien de personnes brillantes dont la Terre a besoin aujourd’hui ? N’a-t-elle pas au contraire grand besoin de personnes sages ? De personnes intelligentes dans le bon sens du terme, pleinement responsables et surtout désintéressées ? Des personnes authentiques se concentrant uniquement sur l’intérêt général, l’intérêt supérieur de l’humanité et de la planète ? Aussi est-il grand temps de faire place, non plus à des élites prétentieuses et égocentrées, mais à des personnes humbles, inspirées et conscientes de la nécessité de trouver enfin les chemins de l’harmonie pour tous entre le Ciel et la Terre… 

 

Pure utopie… ou désormais exigence absolue de l’Univers ?

     

 


1. Le cercle est dans la tradition chinoise le symbole de la "Perfection du Ciel". Ce qui ne tourne pas rond serait-il en disharmonie avec les Lois du Ciel ?

2. Extrait adapté de mon livre page 128.

3. Référence à l'article "Quand le Yang opprime le Yin".